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 hospitalisation des bébés et sorties

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mc
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Nombre de messages : 39
Date d'inscription : 06/03/2005

MessageSujet: hospitalisation des bébés et sorties   Lun 7 Mar à 0:06

On me monte en chambre, une nouvelle, en maternité.

Mes parents sont là, ils les ont vu, j’ai « des bébés magnifiques ! » Mon homme les a filmés, quand ils avaient environ 1 heure pour que je puisse les admirer, individuellement sur la caméra je les trouve de taille « normale ». Mais je ne réalise pas vraiment encore ce que représentent ces images.

Une interne vient en milieu de matinée me faire son bilan post-opératoire. Elle me relate que pour l’extraction de « J.2 » (ma fille), ils ont été surpris à quel point elle était haut placée sous les côtes (nota : çà faisait plus de 15 jours que je souffrais de ce positionnement, et quand je leur en parlais, ils me prenaient de haut en me disant qu’ils ne pouvaient rien y faire, enfin !).

Je lui demande s’il n’y a pas un moyen de voir quand même mes enfants aujourd’hui, elle me répond que c’est possible si je me repose bien ce matin et cet après-midi, elle va demander à la sage-femme de m’installer sur un fauteuil roulant et de me descendre en début de soirée.

Je l’aurai embrassée.

La journée se passe calmement, égoïstement, malgré l’handicap de la césarienne, je me sens libérer,
physiquement car même si j’aurai payé une fortune pour emmener ma grossesse à terme, de savoir que j’allais pouvoir me lever, me doucher, manger à table, m’asseoir, me déplacer, me soulage vraiment,
moralement aussi, je n’ai plus le poids de la vie de mes enfants sur les épaules, ils sont nés, ils sont vivants, ils vont bien...

Le début de soirée arrive, je demande à mon mari d’aller chercher la sage-femme avec le fauteuil.

Avec son aide, tordue de douleur, j’arrive à m’extirper du lit sur le fauteuil et au lieu de me descendre, elle me lance une condition non prévue : « restez assise, comme çà une demi-heure, si vous ne faîtes pas de malaise votre mari pourra vous descendre. »

Bien sûr, la demi-heure à durer trois quart d’heure, surprise de me voir tenir le coup, elle me laisse descendre. Ascenseur. Je sens l’air, le froid de l’extérieur, cela faisait longtemps. La porte de la réanimation pédiatrique, l’entrée est réglementée, il faut sonner, personne ne vient, mais une inscription indique qu’il ne faut pas insister.

Un sentiment curieux, de l’agacement peut-être, m’anime, tout le monde a vu mes enfants sauf moi, leur maman, ils pourraient me présenter n’importe quels bébés, que je ne pourrais même pas dire si ce sont les miens.

Un quart d’heure, une éternité, après la porte s’ouvre, nous nous présentons, mon mari qui est déjà venu, nous fait faire le protocole d’hygiène : peignoir, charlotte, sur chausses, désinfection des mains.

Je vais enfin pouvoir rencontrer mes enfants.

Ils ne sont pas dans le même box. D’abord Gabriel, placé dans la dernière couveuse d’un box de 3 bébés, je découvre mon petit homme, ma merveille, couché sur un côté, le visage déformé par le respirateur, je le trouve tout petit mais si beau !

Je lui parle, me présente à lui : « Bonjour toi... bonjour Gabriel... c’est maman... » Sa paupière se soulève, il me regarde d’un œil à peine ouvert, çà façon à lui de me dire :
« Bonjour, Maman ! »
Je le caresse du bout des doigts, je reste en émerveillement devant lui malgré l’environnement science fiction, ces machines, ces alarmes, ces capteurs, ces fils et son respirateur.
Je répète, « qu’est ce qu’il est petit ! », l’équipe médicale me dit qu’il fait parti des « gros », en effet, avec son kilo six, il fait deux fois les bébés des couveuses autour !

Nous passons dans le box de Maëlys, seul bébé de son box, elle si, si, petite, vraiment maigre. Mais étonnamment elle respire sans respirateur depuis midi.
Elle est réveillée ses yeux noirs, son regard si vif et curieux m’éblouissent, c’est une petite poupée pleine de vie.
Comble du bonheur, la puéricultrice me demande si je veux la changer et lui faire un massage.
Je découvre son petit corps tonique, notre premier échange plein d’amour...

La journée se termine, je me couche, mets machinalement les mains sur mon ventre et là je ressens à nouveau l’absence de cette « belle proéminence » qui était ma fierté.

Fini les coups de pieds de Gabriel dans le bas du ventre... Plus de Maëlys, calée sous mes côtes... Je n’ai plus aucune rondeur, juste des pansements...

Mes bébés ont passé 1jours (Maëlys) et 3 jours (Gabriel) en réa, pour passer en néonatologie.

Mon vocabulaire s’enrichie alors, malgré moi, avec un champs lexical loin de celui des jeunes mamans : photothérapie, bilirubine, bradycardie, tatycardie, désaturation, Dopram, voie centrale, perfusion crânienne, Stérilium, apnée, moniteur, électroencéphalogramme, I.R.M, capteurs, gavages, risques d’infections, stérilisation, Jackson, protocole, alarmes, écrin, salle de soins... Et d’autres encore mais doucement le temps les efface de ma mémoire.

Deux jours plus tard, nous sommes lundi, encore frêle, mais bien décidée à n’attendre personne pour aller les voir, je déjeune, tire mon lait, m’habille et me lance en dehors de ma chambre, coup de poignard : je suis en face de la nursery, c’est l’heure où toutes les accouchées vont et viennent avec leur nouveau né « énorme », elles les ont à bras, leur font la toilette, les cajolent, comment osent-elles ?
D’un autre côté, je suis maman moi aussi, le fait d’être dans ce service me réconforte dans mon nouveau statut.

Ce même lundi, dans l’après-midi, avec mon mari nous allons voir Maëlys en néonat’, le médecin nous informe aussitôt qu’elle est en salle de soin préparée pour une pose de voie centrale. Nous avons le droit d’aller la voir. Quelle surprise, elle n’est pas en couveuse, je réalise que je la vois « en vrai » !!! Elle est posée sur la table de soin réchauffée par des petits draps et une rampe chauffante. Je meurs d’envie de la prendre à bras, de la cajoler, de l’embrasser. Il faut se faire violence rien de tout cela n’est autorisé actuellement. De toute façon, il faut déjà sortir...
Le soir venu, toute seule, je décide de retourner voir Gabriel en réanimation. Heureusement, l’obscurité et l’harnachement protocolaire masque ma stupeur : je découvre une enfant momifiée des pieds à la tête, seuls les yeux et la bouche sont libre et imbibés de gras. J’estime son âge uniquement par rapport à son gabarit, à 6-7 ans. C’était une grande brûlée. Elle est juste à côté de Gabriel, séparé par la baie vitrée du box. Je n’ose pas imaginer sa terreur. Sans doute plus douloureuse que celle de mes enfants. Pourtant aucune souffrance n’est acceptable ni la sienne, ni la leur ! Comment ai-je pu me sentir libéré par leur naissance ?!

Mes bébés encore chétifs ont été arraché de la chaleur et de la quiétude utérine pour être enfermés et enchaînés à leur couveuse et à la technologie, écrasés par une apesanteur trop pressant sur le petits corps.

Comment se sentent-ils, que ressentent-ils, ont-ils mal, ont-ils peur, savent-ils que je les aime plus que tout ??? Je cajole Gabriel du bout des doigts mais il est tard, je dois dormir, la séparation me brise, j’aimerai tellement les remettre dans mon ventre à l’abri de toute cette violence...

Difficile d’être maman et reléguée au second plan, on vous dit primordial, mais vous n’êtes pas décisionnaire, vous êtes une actrice dirigée et mise en scène : on vous demande d’être présente, d’être là, d’attendre en salle d’attente, devant la porte, de prendre un calmant...

Avoir son enfant dans les bras la 1ère fois, c’est merveilleux, mais encore une fois vous n’en décidez pas. Une puéricultrice bienveillante a la grâce de vous surprendre un jour où vous n’espérez plus avec une phrase simple et sublime, « tenez, prenez votre bébé... », à peine une minute les premiers temps au détour d’un nettoyage de couveuse, moment fugace pour bonheur intense couronné par un délicat premier baiser.

Tous les matins, je me dépêche de déjeuner et de tirer mon lait pour arriver à l’heure de la toilette de mes petitous : Moment magique où je profite pleinement de les voir éveillés et où suivant la puéricultrice, on me rétrocède le privilège de les prendre quelques instants à bras.

Un jour avec un peu de retard de ma part et d’avances dans les soins, je manque ceux de Maëlys.

Rien de vraiment grave semble t-il, ça arrive.

Lorsque, d’une voix douce et réjouie une « tata » m’annonce « la bonne nouvelle », ma poupée a eu droit à son 1er bain ce matin ! Joie et frustration, je suis ravie des progrès de ma fille pourtant je peine à contenir des larmes de dépossession, une fois de plus, ma maternité m’échappe, le 1er bain, je n’ai même pas pu y assister.

Malgré tout, je garde quelques bons souvenirs, les séances de peau à peau, les câlins pendant des heures, les 1ères colères de Gabriel, les 1ers caprices de Maëlys... Ils ont commencé précautionneusement le biberon le 30 novembre, jours de mes 25 ans. Beau cadeau qu’un progrès aussi essentiel. D’autant qu’ils profitaient que mieux du lait que je tirais assidûment depuis leur naissance cinq fois par jours avec un appareil un peu barbare mais tellement nécessaire. Aujourd’hui, j’ai quand même le regret que personne ne s’est soucié de les mettre au sein. C’était un désir mais pas une préoccupation prioritaire, je n’en ai donc jamais parlé mais tout le personnel savait que je tirais mon lait. Comme j’ai été initié au peau à peau, j’aurai aimé être initié à l’allaitement ! Comme tout le reste, rien de très grave, juste une dépossession de plus.

Gabriel est sorti de couveuse le 4 décembre, Maëlys le 17, pour passer en lit. Que c’est beau de voir mes poupons en lit, avec ces tout petits vêtements encore trop grands qui ont la bonne idée de cacher tout ces fils et ces capteurs. C’est humanisant. C’est mon petit garçon avec son poids nettement supérieur qui nous a fait le plus d’angoisses, car malgré sa taille il restait très immature au niveau des poumons et les « apnées-bradys-désats. » étaient autant de sueurs froides.

L’hospitalisation semble ne pas avoir de fin :
le personnel compte beaucoup de membres formidables voir des perles. Mais le stress de leur poste est trop souvent contagieux, il nous retombe alors dessus de façon superfétatoire et nous vaut des réflexions parfois franchement abusives ; (une puéricultrice épuisée en fin de garde nous répondra à une plaisanterie juste moyenne : « Si nous n’étions pas là, les bébés seraient morts... ») ;
les médecins et les infirmières se refusent à donner toutes sortes de pronostics, même à larges fourchettes, pour quoi que ce soit ;
il faut beaucoup de conditions pour une sortie ;
les améliorations sont lentes mais régulières ;
les régressions tellement imméritées ;
la culpabilité notre ombre ;
le réconfort rare, très rare mais tellement apaisant ;
la séparation nocturne déchirante et angoissante d’incertitudes ;
le regard des autres parents silencieux et fatigué ;
les progrès puis la sortie d’un petit sans l’autre sont à la fois bienvenus et paradoxalement détripants. En effet, le fait d’avoir un enfant prématuré n’est pas comparable à celui d’en avoir deux. Comment deux petits êtres auxquels vous avez donné la même grossesse et le même amour n’ont-il pas le droit aux mêmes chances pour commencer dans la vie ? Pourquoi un de vos bébés à le droit à des séances de peau à peau sans fin, alors que l’autre n’a pas le droit de sortir de couveuse ? Même quand ce droit est acquis qu’il est dur de choisir le bébé avec lequel vous allez commencer, qu’il est dur de le reposer pour se partager avec l’autre petit ! Quelle surprise bonne et amère, alors que vous rêvez de rentrer à la maison avec vos enfants ensemble, quand un médecin vous annonce que l’un est prêt mais pas l’autre. Que si vous voulez les sortir en même temps, il faut leur imposer un transfert dans une autre néonat’ avec les risques infectieux que cela comporte et une hospitalisation non nécessaire au bébé prêt. Bien sûr, j’accepte tout de suite de programmer la sortie de Maëlys, même seule. Quelle joie/quelle injustice, quel soulagement/quel abandon ! Est cela le paradoxe des jumeaux ?

Le 21 décembre, jour de la sortie de Maëlys, nous devons l’emmener, quitter la néonat’ en laissant Gabriel, la gorge nouée plusieurs mots m’obsèdent : traîtrise, lâcheté, abandon ! Comme si nous allions partir avec sa sœur pour vivre des jours meilleurs loin de lui. Son regard pénétrant et plein de douceur est insoutenable, il s’endort, je sais alors qu’il nous laisse une chance de partir sans trop culpabiliser, c’est le moment. Je me ressaisis c’est un jours de fête pour ma petite fille je dois être heureuse pour son retour à la maison, je suis heureuse !

Comme les meilleures choses ont une fin, il arrive que les pires aussi : Le jour de Noël, le 25 décembre, j’abandonne mon mari et ma fille pour passer l’après-midi avec mon petit Gabriel encore hospitalisé. Il ne devrait pas tarder à sortir. Une puéricultrice me demande même : « Quand est ce qu’il sort Gabriel, il est prêt, non, pour la sortie ? » Cette question... Le jour de Noël... Comme si j’avais le pouvoir de la réponse... Je rentre chez moi, retrouver ma petite avec laquelle j’ai enfin les occupations d’une maman.

Un message sur mon portable, c’est la néonat’, sueur froide : ils n’ont jamais eu besoin de m’appeler... J’en reviens... Il s’est forcément passé quelque chose...

En fait la puéricultrice qui devait m’informer de sa sortie dans 1 jour ou 2, n’avait pas eu le temps de m’en avertir l’après-midi !!!

Merci Père Noël !

Le 26 décembre au matin, jours de ma fête, je vais voir le pédiatre, sa sortie avait été programmée pour le lendemain, mais en me voyant il demande aux internes de faire le nécessaire pour qu’il puisse faire sa sortie à 16 heures...

Alléluia !

Je téléphone à mon mari lui dit de préparer son lit, ses affaires, je fonce acheter des articles qu’il manquait pour lui : avec tout ces semaines d’hospitalisation des bébés, ça peut paraître fou que tout ne soit pas prêt pour leur arrivée. Mais, cela se justifie par le fait que tout notre temps libre est passé avec eux, et non à faire les boutiques. De plus, la sortie semble parfaitement anticipable, alors que non : un jour ils ne sont pas prêt, le lendemain les médecins programme la sortie, le surlendemain, vous repartez un couffin au bras ! Début d’après midi, on prépare Maëlys pour aller chercher son frère.

En théorie, les bébés sortis n’ont plus le droit de revenir dans le service, même s’ils y ont un jumeau. Mais depuis leur naissance, même depuis leur conception, rien ne s’est déroulé ordinairement, alors même si la naissance remontée à presque 7 semaines, je tenais à rentrer chez moi avec ma famille au complet comme une jeune maman classique.

Nous arrivons donc tous les 3, Gabriel nous attend réveillé, il est démonitoré, je l’habille pour sortir. Nous retraversons la néonat’, mon regard balaye toutes ses couveuses alignées dans chaque box, j’ai pour la première fois cette image lugubre de petits cercueils. Je pense à tout ces parents et leur bébé qui ont encore du chemin à parcourir.

Les bips et les alarmes des moniteurs, les soins des puéricultrices, ces odeurs aseptisées, tout ceci était Ma maternité, Mon quotidien, nous ne sommes pas encore sortis et pourtant la page se tourne, cela me semble déjà du passé.

Le personnel nous demande de leur donner des nouvelles, nous souhaite « bonne route » et déjà leur sacerdoce les rappelle auprès des petits.

Nous passons le seuil de cette porte une dernière fois, dans le couloir un cosy chacun, je ne veux pas retenir un grand cri de soulagement, de bonheur, de liberté, de vie !

Mes bébés sont enfin à moi, je suis à présent pleinement leur mère.

Le 31 décembre, pour les douze coups de minuit, le papa et moi avons chacun un chérubin d’un côté et un biberon de l’autre.

Ca y est, nous avons eu un petit paquet d’1.8kg pour Noël, nos étrennes de 2.4kg pour le réveillon, la nouvelle année peut commencer...

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