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 Une naissance gémellaire à 34 semaines

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mc
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Nombre de messages : 39
Date d'inscription : 06/03/2005

MessageSujet: Une naissance gémellaire à 34 semaines   Dim 6 Mar à 23:54

Par Nathalie MAUDET :
Tout a commencé le samedi 27 novembre 1999 : lors de ma 2è visite chez mon gynécologue, il m’apprend qu’il n’y a pas un bébé comme il avait pu le voir 3 semaines plus tôt , mais deux bébés. De retour à la maison j’annonce la bonne nouvelle à mon mari et à ma fille Pauline, de 5 ans. Prenant en compte tous les changements que cette nouveauté allait causer, nous sommes restés assis une heure dans le canapé et dans le brouillard tout le week-end. Mon mari était heureux mais j’ai senti tout de suite le poids des responsabilités sur ses épaules. Rien ne nous avait préparés à cette idée. Nous annonçons la bonne nouvelle à Noël. La grossesse se passe normalement et je travaille toujours autant, absente de la maison de 8H à 20H avec presque 2H de transport par jour. Je n’avais aucune raison de m’arrêter puisque les bébés allaient bien et moi aussi. Dès le début de la 25ème semaine, une sage-femme me propose un arrêt maladie en me prévenant qu’une grossesse gémellaire est bien plus fatigante qu’une grossesse simple. Je refuse et elle le note aussitôt sur mon dossier. A 29 semaines mon médecin hospitalier m’arrête, je commençais effectivement à fatiguer. A 32 semaines, elle remarque une légère baisse du liquide amniotique mais « rien de grave ». A 34 semaines, rien ne va plus : la perte de liquide amniotique s’accentue avec une diminution des mouvements d’un des deux jumeaux. Je trouvais qu’elles bougeaient toujours autant. Il fallait accoucher deux jours plus tard, le mercredi en urgence ! D’un seul coup tout bascule : comment s’organiser pour ma grande, pourquoi si vite... Au service GHR (grossesse à haut risque) de cet hôpital, mon médecin m’avait précisé que le terme des jumeaux était de 38 semaines. J’ai eu peur, le poids était estimé à moins de 2kg par bébé. Je n’avais pas imaginé avoir des enfants si petits et je n’en avais d’ailleurs jamais vus. Le jour fatidique, le service essaie de provoquer l’accouchement, sans succès. Nous n’avions rien dit à nos familles pour qu’elles ne s’inquiètent pas et pour vivre cet évènement en toute tranquillité. Ce jour-là, je rencontre le professeur responsable du service, il m’apprend que ce sont de vraies jumelles et me donne le choix. Je préfère ne prendre aucun risque vis à vis des bébés et accepte une césarienne pour éviter le phénomène transfuseur/transfusé. Accouchement prévu le lendemain, jeudi. Deuxième jour fati-dique, je reste à jeun et suis pré-parée pour aller au bloc, puis attends, et attends.... Ce n’est pas possible aujourd’hui car, il est préférable d’injecter un produit pour permettre une meilleure maturation des poumons dans 24h. Là, furieuse et inquiète, je me rhabille et raconte mon incompréhension : c’était urgent et maintenant il fallait encore attendre : ce n’était pas logique. L’information de la part des médecins et des responsables de services a été distillée au compte goutte. Malgré leurs compétences techniques, ils restent malgré tout très loin des patients. Mais j’ai pu apprécier le soutien des sage-femmes. Je demande à mon médecin de me faire passer au bloc le lendemain vendredi dès la première heure.

C’est le troisième jour fatidique. Personne ne sait nous dire si mon mari peut rester avec moi, mais on l’habille tout de même. A la dernière minute, on m’emmène et refuse mon mari à cause de la salle déjà comble. Je n’ai pas eu le temps de l’embrasser et je me retrouve seule avec ma peur. Je tremblais tellement qu’ils ont dû recommencer la rachianesthésie. A 8h46 sort ma 1ère jumelle, Manon, et une minute plus tard la 2ème, Océane. Je les vois très rapidement. A mon réveil, je retrouve ma chambre, vidée par toutes ces émotions et sans mes filles qui sont au service néonatal. Mon mari, qui a pu les voir, me rassure. En fin de journée, je monte donc avec lui. Et là, le choc, la culpabilité, la honte, deux crevettes de 1.9kg entubées, avec des sondes, avec des machines qui bipent : la réalité me faisait face. J’ai eu beaucoup de chagrin ce jour-là et j’avoue que je ne me suis pas sentie mère. J’avais l’impression de ne pas avoir fini mes filles et d’être coupable parce que j’aurais du m’arrêter plus tôt. Bref ! J’étais une mauvaise mère. J’avais allaité ma première fille et étais de nature très câline. Là, je les touchais à peine, je ne m’en occupais pas : tout m’échappait. Je n’étais pas maître de la situation et ne pouvais qu’assister en subissant le regard des autres. Non, je ne me suis pas extasiée devant mes bébés, non, je ne les trouvais pas beaux, non, je n’arrivais pas à prendre du recul.

Pourtant avec le recul, ce n’était pas très grave : elles n’avaient de problèmes ni cardiaque, ni respiratoire, juste un problème de poids. Elles sont restées 15 jours dans ce service dont une semaine en couveuse.

C’étaient mes bébés et je me sentais si loin d’elles, ma grande inquiétude était le problème de la reconnaissance : comment vont-elles savoir que je suis leur mère, vont-elles reconnaître ma voix, mon odeur. Le lendemain, je savais que tout le monde attendait de moi que je les prenne dans mes bras mais arrivée en face de mes filles, je refusais de les voir et je suis redescendue dans ma chambre. Je félicite la psychologie des puéricultrices spécialisées qui, devant mon désespoir, me proposent de les descendre en couveuse dans ma chambre un peu plus tard. Et là, au calme, débranchées de tout l’appareillage, le contact s’est établi. C’était comme si je me rendais compte qu’elles n’étaient pas du tout dépendantes de tout ça et comme si le lien avec ces machines représentait un cordon ombilical qui a été coupé ce jour. Enfin, j’ai eu quelques minutes d’intimité avec mes filles qui étaient là avec moi et pour moi.

A partir de ce jour, tout s’est déroulé norma-lement, je montais m’en occuper de plus en plus souvent dès que je marchais. Leur donner à manger, le bain, les câliner encore et encore, était devenu la principale activité de mes journées. Heureusement, pendant toute cette période difficile, mon mari a pris le relais, il a su par sa force de caractère garder le contact avec elles surtout quand je n’allais pas bien. Maintenant, elles se portent à merveille et font même envie. Bien sûr, je recommencerais s’il fallait le refaire car, avec mon mari et mes trois filles je suis comblée et chaque moment passé en famille est savouré et apprécié à sa juste valeur. L’organisation à la maison s’est mise en place très vite : les 14 biberons faits une fois par jour étaient à disposition dans le réfrigérateur. Elles ont dormi leurs nuits complètes à partir de 3 mois et demi. Je n’étais pas angoissée et elles ont du le ressentir. Elles sont très souriantes, calmes et équilibrées. Je ne sais pas si elles garderont un souvenir de ce mauvais moment mais je peux vous dire qu’elles ont récupéré plus vite que moi. Ce qui m’est arrivé est certainement arrivé à certaines d’entre vous. Ce que je regrette est mon ignorance et ma confiance aveugle envers les médecins qui ne m’ont pas préparée à tous ces évènements.

Renseignez-vous sur la grossesse gémellaire et la prématurité et insistez auprès du corps médical pour avoir de vraies réponses. Une fois que vous aurez acquis ces connaissances, vous connaîtrez le déroulement des « opérations » et vous serez moins dépourvues.
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